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"Lorsque tu écris l'histoire de ta vie, ne laisse jamais une autre personne tenir la plume pour toi"


J'vous ai jamais parlé de Mémé ,ben j'vais le faire..!

Publié par Michel sur 20 Août 2020, 12:53pm

J'vous ai jamais parlé de Mémé ,ben j'vais le faire..!

La main sèche et noueuse du ferrailleur Manouche attrapa au vol le fléau qui montait et descendait dans le vide au dessus de la grande balance carré, et il l’immobilisa .Cette antique balance lui servait à peser la ferraille, en son temps elle recevait des sacs de blé ou de pommes de terre.

Il nous dit :

- ‘’ ca fait 35 kg les jeunes ! ‘

On se regarde avec Daniel, il nous prend pour des cons !

-‘’ Nanard, tu déconnes, la 403 avait le cul par terre quand on est rentré dans ta cour ! Ce n’est pas avec 35 kg que le pot d’échappement frottait le sol !

Et le Nanard, ses yeux verts délavés bien en face de nous nous sourit et nous dit avec une voix suave et amicale :

-‘’ Ben mes p’tits gars si vous trouvez que ce n’est pas assez, vous reprenez vot came, et vous allez la fourguer ailleurs ...c’est tout, salut ! ‘’

IL tourne les talons, repart vers son container qui lui sert de bureau et, immédiatement, son Doberman le remplace à la pesée en nous regardant avec ses yeux fous qui veulent dire, je ne sais pas ce qui se passe, moi je pèse pas, je mords ! ’

-‘’ Nanard, Nanard, reviens, c’est bon ! Tu fais chier à prendre la mouche ! ‘’

Et le Nanard revient après s’être arrêté un instant pour bien nous montrer son dos, il flatte son Dob, sort de la poche ventrale de sa salopette deux billet de 50 et nous les file en ajoutant :

-‘’ Et encore c’est parce que c’est vous les mômes et que je vous aime bien, des entourages de tombes en fonte ça se refourgue pas tous les jours, c’est comme des cercueils à deux places ! Ce n’est pas n’importe où qu’on trouve le client !

C’est vrai qu’on avait fait fort, comme depuis deux jours il pleuvait, nous ne pouvions pas grimper les tas d’ordures avec notre aimant à ficelle pour trier le métal du plomb ou de l’alliage.....donc on a fait du cimetière ! Faut savoir rebondir, c’est un métier de démerde la biffe !

il est 17h , pas encore l’heure de l’apéro , mais encore l’heure de la mousse , on va pas bien loin , on sort de chez Nanard , en marche arrière , on traverse la rue toujours en marche arrière et on va se garer en face , en marche arrière, devant chez Mémé , illustre propriétaire d’un rade pourave qu’avait connu des heures glorieuses pendant deux jours , dix ans avant , quand il avait fait son ouverture ...le troisième jour c’est les pochtrons et les guignols du coins qu’avaient occupés les lieux... jusqu’à aujourd’hui .

J'vous ai jamais parlé de Mémé ,ben j'vais le faire..!

Alors Mémé, faut vous le décrire lui et sa taule. C’est l’almanach Vermot qu’auraient croisé les Pieds Nickelés !

Une pancarte de quatre mètres de long offerte il y a 20 ans par Cinzano ou Dubonnet, rouge délavée comme un Gévéor coupé d’eau et écaillée comme notre 403 break , indiquait qu’on était devant le soleil levant , le bouge des bouges , le temple des sept piliers de la cirrhose , là ou tout homme normalement constitué ne franchit pas la porte même si il n’a rien bu depuis deux jours ....

Mémé, faut que je vous le raconte, pas que je vous le décrive, Mémé y se regarde pas, on le sent, on le prévoit, on le hume de loin, on s’approche pas trop près....d’abord parce qu’il pue et de partout, et surtout il t’envoie l’averse quand il te cause, il ne postillonne pas ...il glaviotte !

Si y a bien une source de conflit perpétuel entre Mémé et ses client c’est bien ça, l’arrosage perpétuel que te fais Mémé dès l’instant ou il te dit bonjour !

Y a des fois je me suis dis que le ministère de la santé a loupé quelque chose, parce qu’ils auraient embauché Mémé pendant la canicule pour faire des causeries dans les hospices, y aurait jamais eu de vieux déshydratés !

On foutait les vieux en marcel au premier rang, pendant que mémé leur racontait ses souvenirs de l’Indo, et y glissaient sans bruit dans la sieste et l’humidité ..... !

Et je vous dis pas, quand un pilier de bistrot parle avec Mémé, dans les deux minutes y se tourne de profil pour échapper aux giclées de bactéries et pouvoir continuer à causer ,y pose la paluche sur son godet pour pas que son pinard vire à la fosse sceptique et là, c’est là que ça se complique sévère , parce que le Mémé il est susceptible le bougre , il aime qu’on le regarde dans les yeux quand y jacte , y supporte pas de voir les talons des auditeurs donc, le ton monte entre Mémé et son groupie ! !

Le dialogue devient Balzacien, Flaubert en tournerait jalmince tant c’est riche ...Mémé attaque :

-« Ho, tète d’ampoule ! J’t’intéresse pas quand j’te jacte ?

-« Mais si, mais si !

-« Pourquoi je cause à ton cul alors !

-« Tu causes pas à mon cul Mémé, j’regardais dehors !

-« Y a quoi dehors !

-« Ben y a rien ...

-« Alors c’est quoi, j’pue de la gueule, j’ai couché avec les boches pendant l’occup, j’t’ai vendu des haricots qu’on pas cuit ! !

-« Mais non Mémé arrête tes charres, j’t’esgourde là, j’te mate, continue !

-« Fais chier j’ai pu envie, raque et casse toi !

-« Ca y est Mémé qui nous fait son retour de couches !

-« Sois poli p’tit gars ou mes couches j’vais m’en faire des moufles et tu vas les prendre dans la gueule ...

Et ça durait comme ça pendant encore quelques minutes, le ton montait comme un grand huit qu’à plus de frein jusqu’à ce qu’un des vieux au comptoir arrive à glisser entre deux glaviots de Mémé :

-« Hé Mémé, tu nous remets ça, j’commence à cracher blanc, t’en reprends un aussi avec nous ?

Ah, phrase magique, digression qui arrivait fort à propos, et qui avait pour mérite de rendre silencieux les deux rhéteurs pour au moins trente secondes ....

Ça permettait à Mémé, sans perdre la face, de ne pas mettre à exécution ses promesses de châtrage sur son interlocuteur ! Quand à l’autre insolent il remettait à une autre occasion l’invitation qu’il avait fait à Mémé de venir lui tailler une pipe, que ça lui tiendrait chaud aux dents et qu’il raconterait moins de conneries.

J'vous ai jamais parlé de Mémé ,ben j'vais le faire..!

Mémé y pliait devant personne, j’l’ai vu un jour sauter par-dessus son comptoir sans élan, faut dire que le mec qui le tirait par le col de l’autre coté de son rade lui rendait cinquante kilos et vingt bons centimètres au garrot, Mémé ce jour là il est parti sur le trottoir sans ouvrir la porte du bistrot.

Y pliait jamais Mémé que je vous dis, mais parfois c’était pas de l’intrépidité qu’il avait, c’était de la connerie, pure et dure, inscrite au patrimoine de l’humanité à l’Unesco, parce que tiens, prenez la fois ou il a sauté sans élan par-dessus son comptoir le Mémé, il aurait pas fallu qui se mette en colère ce jour là !

La colère est toujours mauvaise conseillère... surtout si on est gaulé comme un foret de 8, qu’on se met des talonnettes pour faire 1,60m et qu’en face le lascar a été engendré par un Caterpillar et une pelleteuse....

Et surtout, surtout ! Si le fils à Caterpillar vient de mordre dans le sandwich que Mémé lui avait fait et qu’il ressort des rillettes un bloche de calendos bien jaune et bien gras, pas du bloche de PD, de l’adulte qui connait la vie quoi ! Alors là c’est sûr que les embrouilles vont voler en escadrilles ! Et quand Mémé dit en se marrant et en glaviotant.... :

-« tiens, j’suis bon prince j’te compte pas de supplément pour la viande crue ! Ça s’est gâté...ça à pas plu...Oh il était fâché le monsieur !

Sauf, car y a un mais...Mémé y fouettait sec devant sa rombière, et oui ! Y avait une madame Mémé,

J'vous ai jamais parlé de Mémé ,ben j'vais le faire..!

La régulière à Mémé on l’appelait Madame, ou plutôt on l’appelait jamais, c’était toujours elle qui causait la première, nous on lui demandait jamais rien, rapport que si t’avais le malheur ou l’inconscience de lui dire bonjour ou elle t’ignorait et fallait mieux pas répéter ton bonjour si tu voulais pas te faire virer, ou bien elle s’arrêtait de faire ce qu’elle était en train de faire, se plantait devant toi et entamait une longue mélopée d’injures choisies qui commençait toujours par :

-« Qu’est ce qui vient me brouter la salade le p’tit con ... !

Formulation poétique d’une éventuelle et peu crédible envie qui nous prendrait d’aller rendre un hommage buccal à la ruine angoissante de ce qui différencie madame Mémé d’un homme normalement constitué.

Après cette entrée en matière qui dépeint le climat qui flottait dans le rade de Mémé, je dois vous confier que ce bouge ,qui aurait mérité d’entrer au Guinness ,me servit, pendant une longue année, de mars 68 à avril 69, de cuisine, de salle de bains, de chambre à coucher enfin bref de squat avant l’heure.

Vous allez me rétorquer :

-« Mais pourquoi Michel échouâtes-vous chez Mémé ?

Je serai concis, je vous répondrais en une seule phrase,

Mon père, cet Homme que j’adorais et respectais, soit dit en passant, avait détruit complètement ma résidence principale, à savoir, une tente deux places qui était mon douillet Sweet home depuis que l’auteur de mes jours m’avait viré de la maison, le cher Homme.....Eh oui ça arrive même chez les gens très bien, d’accord, plus rarement à coup de manche de pioche .... !

Par conséquent, ayant perdu mon chez moi de substitution, Ah, au fait, je ne vous ai pas dis de quelle manière mon papa avait fait disparaitre ma Trigano, il avait roulé dessus avec sa voiture après s’être assuré ,bien sûr, que je n’étais pas dedans....il n’avait pas un mauvais fond quand même ....donc, continue-je , ayant perdu mon chez moi de substitution , j’avais négocié avec Mémé une demi-pension pour indigent qui m’offrait, Oh luxe suprême, le droit de me servir d’une prise de courant derrière le zinc pour me raser, le bac à rincer les verres pour mes ablutions matinales , et un carton près de la porte des WC pour entasser ma garde-robe ,très sommaire et très sale....là au moins, l’odeur gênerait pas, avait dit sentencieusement Mémé, il ne parlait pas de l’odeur des chiottes mais de celles de mes fringues qui avaient des relents de morgue mal nettoyée après une coupure de courant....

Pour revenir à Mémé et sa ‘’Charmante’’ on prenait toute la mesure des relations passionnées de ce couple hors norme, lorsqu’arrivait l’heure du diner, vers 20h.....

J'vous ai jamais parlé de Mémé ,ben j'vais le faire..!

D’abord Mémé dinait dans un coin du bistrot seul à une table, il était interdit de séjour dans le restaurant, d’abord parce qu’il fallait quelqu’un pour garder le rade le soir....avec tous les pochtrons qui trainent dehors....on aurait eu vite fait d’en retrouver un derrière le zinc à téter au goulot les fillettes de gorgeon... et ensuite, Madame Mémé disait qu’il savait pas se tenir à table quand y mangeait le bougre.

C’est vrai qu’il bavait en mangeant, qu’il bavait en buvant, qu’il reniflait en mangeant, qu’il rotait en buvant et qu’on pouvait savoir c’qu’il avait becqueté rien qu’en examinant ses manches de tricot qui lui servaient de serviettes de table...

Le rituel était toujours le même à la fin du repas...

Mâme Mémé entrait les manches retroussées, le tablier au vent et lui criait :

-« Hé faignant t’as pas encore fini ! T’es pas tout seul, j’ai des clients de l’autre coté

Mémé :

-« laisse-moi le temps de saucer ....et pis j’ai pu de pain !

Mâme :

-« T’as qu’a boire ta sauce et fais pas chier, d’toute façon donne ton assiette, t’as fini ! Tu veux quoi fromage ou dessert ?

Mémé presqu’autoritaire:

-« Et si je veux du fromage et du dessert, Hein ?

Mâme, très conciliante...

-« Ben tu vas te faire de foutre et j’te le redirais pas trois fois, fromage ou dessert ?

Mémé, restant digne mais méfiant, les yeux baissés :

-« Dessert,

Mâme Mémé, repartait, franchissait la porte qui séparait les deux salles et la porte se refermant, Mémé se laissait aller à un accès d’autorité en disant, entre haut et bas :

-« Vieille conne va !

Et là, manque de bol, une fois sur deux, la porte se rouvrait d’un seul coup, et la mère Mémé, fonçait droit vers le dineur solitaire en criant :

-« Qu’est ce t’as dis pov con ? Répète voir ça un peu ! !

Et Mémé, droit dans ses savates mais baissant le nez susurrait mezza voce :

-« Bah, mais j’ai rien dit moi....

Alors là, Dame Mémé, guerrière excitée par le tremblement qui secouait les mains de son tenancier de mari, agitait une bouteille de pinard au-dessus de sa tête en lui promettant une rencontre prochaine avec le litre étoilé et de l’autre main retirait prestement c’qui restait sur la table en lui disant :

-« T’as fini de bouffer pour c’soir !

J'vous ai jamais parlé de Mémé ,ben j'vais le faire..!

Nous, on plongeait notre nez dans not bière, on ne voyait rien, on parlait même plus entre nous, silence sur radio Mémé....on voulait pas se faire virer, surtout moi qu’avait mon rasoir et mes fringues en dépôt gracieux près des chiottes.... !

Des tranches de vie comme ça, c’est comme les tranches de pâté à Mémé, on s’en souvient toute sa vie, mais on voudrait pas en reprendre.... !

Je vous parlerais une autre fois de la bande joyeux lurons que ce couple Thénardiesque logeait chez lui à demeure, dans les débarras, au premier étage, que des p’tits vieux, au moins quatre ,nonante à pousser... comme y pouvait pas descendre quand le facteur amenait leur pension le 10 de chaque mois, mâme Mémé , obligeante, signait pour eux, engourdissait l’auber , et offrait un canon de rouge au facteur qu’en redemandait toujours un second ,qui ne lui était jamais refusé........ !

Ainsi allait ma vie entre 68 et 69, quelque part dans les Yvelines autour de Rambouillet...c’était mes vingt ans !

Merci à tous ceux qui m'ont permis d'arriver ou je suis...surtout à moi !

Merci à tous ceux qui m'ont permis d'arriver ou je suis...surtout à moi !

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Kermarec 17/12/2016 14:56

J'ai connu Mémé. Crapule de bas étage roulant les épaules et baissant son froc lorsqu'il tombait en taule. Balance à ces heures pour garder la ferraille et son rade cradeau ouvert. Les poulets y étaient tout le temps fourrés. Il fleurtait aussi avec Marteau le proprio de la casse des Essarts le Roi. Lui c'était mon pote mais c'était un vrai mec pas une tarlouze.

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