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Breakfast   at Tiffany's.overblog.com

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"Lorsque tu écris l'histoire de ta vie, ne laisse jamais une autre personne tenir la plume pour toi"


Pour mon vieux copain Maurice Prévost .

Publié par Michel T sur 22 Avril 2019, 14:24pm

Vous voyez, mes cher(e)s Ami(e)s, je lisais dans un récent mail, qu’il est sain de ne pas laver sa tasse de café.

Ça m’a  fait remonter quelques souvenirs que je vous livre...

 

Et bien moi pendant des années, de 70  à...74, c’était mon verre de pinard que je ne lavais pas, il était culotté comme une vieille pipe ! Et tout ça, parce que mon voisin ,en face dans la rue, un vieux fermier à la retraite, le père Prévost, ne lavait jamais sa timbale de rouge ! Elle en avait changé de couleur... !

Le vieux, qui habitait toujours sa ferme en face de ma maison, puisque j’habitais un p’tit village de 200 feux, ne lavait jamais rien le bougre !

 

Ce p’tit village s’appelait Vieille-église en Yvelines.

Pour mon vieux copain Maurice Prévost .

Prévost ,c’était un bonhomme aussi haut que large, 1 m 65 sans talonnette, un ventre qui se montrait avant le gars ,avec des cheveux blancs clairsemés sous sa gapette , quelques poils ,sous le nez en brosse , dans le nez en plumes de paon, et le teint plus proche du Gévéor que du Givenchy...

 

Il torchait son assiette creuse, toujours la même, avec une mie de pain et il l’a rangeait dans un coffre, idem pour sa fourchette et sa cuillère  et il enroulait sa serviette autour et hop, dans le coffre.  Son couteau, un opinel, il l’essuyait au pain et sur sa manche, il le pliait et le mettait dans sa poche....

 

Dans les poches de son pantalon, en velours côtelé, d’une teinte gris vert incertaine (le pantalon de toile bleue c’était à partir de juillet jusqu’en septembre....) il avait toujours :

Son mouchoir cuit et recuit par ses mouchages, son couteau, 2 ou 3 marrons qu’il retournait dans sa poche en permanence avec  la main, car c’est bon pour les rhumatismes disait-il, un morceau de ficelle, au cas ou y a b’soin, du tabac en vrac et une ou deux cigarettes parfois cassées....et dans la poche de derrière son gros porte-monnaie en cuir noir, tellement éculé que par endroits il était devenus fin comme une feuille.

Il ne se servait pas de la douche dans sa salle de bain (un cadeau de ses enfants pourtant...) car il se débarbouillait dans l’évier de la cuisine.

La douche lui servait uniquement à laver ses slips et ses chaussettes....tout ça trempait pendant des jours et des jours au fond du receveur de douche, de toutes les façons il ne savait pas faire fonctionner sa douche et....il ne voulait pas apprendre !

Pour mon vieux copain Maurice Prévost .

Un grand moment dans l’année !

Il ramonait lui-même, à l’entrée de l’automne, sa grande cheminée qui trônait dans sa salle commune, on pouvait rentrer dedans .... ! Il employait les grands moyens le cosaque ! À la hussarde qu’il la ramonait !

Pour mon vieux copain Maurice Prévost .

Il se mettait dans l’âtre, avec son fusil de chasse, un 12 juxtaposé, deux cartouches de chevrotines, du 15 grains lié, et il tirait les deux coups à la verticale dans le conduit.

Devant l’âtre il avait tendu un grand drap de lit (qu’avait du mal à s’en remettre...) ça n’empêchait qu’après, il y avait de la suie partout dans la salle, et comme il disait le père Prévost :

-«  bah, un coup de seau d’eau ça se nettoie tout ça !!

Après , il se mettait sur la tète un sac à patate en toile de jute , plié dans un coin pour faire un capuchon de pèlerine qui lui recouvrait les épaules, il dressait son échelle dans la cheminée , et il montait dans la cheminée avec une raclette à cendres à la main , pour faire tomber par terre ce qui restait collé sur les parois du conduit et qu’était pas tombé...

 

Là c’était l’apothéose, entre Prévost noir de suie, tout ce qui tombait dans l’âtre et qui explosait par terre en répandant des nuages de poussières et de particules, et l’odeur de fumée froide qui te prenait à la gorge ... !!!

Même si t’était loin de la scène, j’te garantis que t’avais les trous de nez noirs comme un tunnel SNCF et qu’tu mouchais noir pendant plusieurs jours comme un mineur de fond de la grande époque...

Quant à Prévost, j’l’avais à manger le soir chez moi, car sa cuisine était dans un état tel qu’il fallait déjà laver toutes les gamelles, tous les meubles avant qu’il puisse refaire son frichti...

Un de  ses vieux copains ramoneur de son état venait constater les dégâts en s’marrant et puis il lui faisait le papier pour officialiser le ramonage devant son assurance, à chaque fois le tampon marquait pas car le timbre était sec , alors Prévost, qui manquait pas de ressources , vidait un peu de son godet de pinard sur le tampon encreur et il avait un beau cachet de ramonage sur son papier , un cachet bien rose pale qui puait le pinard ...

Parfois le soir, à la fraiche, on s’asseyait dehors tous les deux, sur un banc de pierre collé à son mur, on fumait notre clope et il me racontait la vie, la vraie comme y disait ,celle d’avant 14 , en 14 il avait 23 ans et il avait fait la grande guerre au 27éme de Dragons , à Versailles ,jamais bougé de là ,son expérience  des bêtes avait fait qu’il avait été affecté comme palefrenier , garçon d’écurie , panseur de chevaux.... !

Il aimait me raconter une histoire, toujours la même...j'm'en souviens donc très bien! 

 

 

Pour mon vieux copain Maurice Prévost .

Un jour, quand il était p’tit garçon, vers 1897,98, il avait 6 ou 7 ans,  il y avait un berger à la ferme de son père, là ou nous étions. lls faisaient dans le mouton à l’époque...

 

Un jour, venant de Rambouillet et menant grande allure, était arrivé par la route qui traversait le village (celle qu’on voit sur la photo plus haut) un fiacre .

De loin, le berger, assis à coté du petit garçon du maître, dit au p’tit gars, car il avait de bon yeux:

-« tiens mon gars, v’là la voiture de la duchesse d’Uzès, y vient de son château d’la Celle-les-Bordes c’t’équipage là !

 

Les chevaux au galop approchaient et, le tac tac sourd des sabots sur le chemin en terre, enflait de plus en plus mêlé au  bruit plus aigu des roues de la voiture.

Le p’tit Prévost ouvrait de grand yeux pour ne pas perdre une miette de l’apparition ;

L’équipage passa dans un vacarme énorme devant les deux spectateurs, le berger, un peu incliné, avait pris son chapeau à la main, pour saluer le passage...à l’époque la déférence était coutumière vis-à-vis des plus hauts dans la société.

Soit qu’on ne vit pas le salut du berger, soit que le cocher ou l’occupant du fiacre ne jugea pas bon de considérer cette marque de respect comme suffisamment appuyée pour qu’on y réponde , le fait est que le fiacre passa sans autre forme....

Le berger regarda le fiacre qui s’éloignait à vive allure, remis son vaste chapeau sur sa tète et leva ses deux mains devant lui, paumes ouvertes vers l’extérieur comme pour repousser quelque chose !

En un instant le silence se fit sur la route, le berger prit le petit garçon par la main et alla d’un pas calme vers le fiacre, et les chevaux ....qui s’étaient arrêtés ,figés, prenant la pose ,comme s’ils attendaient un peintre ou le bon vouloir de celui qui semblait retenir leurs mors...calmes !

Le berger, toujours tenant le petit garçon à la main, s’approcha de la portière du fiacre, enleva son chapeau. Le cocher et son aide semblaient trembler de peur devant le berger et ne disaient pas un mot !

De l’intérieur du fiacre, une tète se pencha à la portière, une belle jeune femme, bouche bée, les yeux écarquillés par l’effroi devant l’inconnu.... !

Le berger dit doucement :

-«  Madame, permettez moi de vous saluer avec respect ,de vous souhaiter un très bon voyage dans votre si beau carrosse.

La prochaine fois qu’un humble berger vous salue, prenez le temps de lui répondre, ça vous prendra peu de temps, ça lui fera plaisir et vous n’aurez pas à vous arrêter pour le faire.

Il fit un geste avec ses deux mains, les chevaux hennirent, se cabrèrent, les deux cochers faillirent tomber de leurs sièges, le carrosse repartit en trombe comme s’il ne s’était jamais arrêté...

 

Le berger les regarda filer sur la route, il n’avait pas lâché la main du petit Maurice, puis ils retournèrent vers la ferme, tout en marchant, le berger dit au petit :

-« Vous voyez mon p’tit maitre, il faut toujours répondre au salut d’un plus petit, surtout si c’est un berger, un de ceux qui vit avec les bêtes dehors nuit et jour, qui parle aux oisaux, aux chiens, qui connait les nuages et la terre.....

 

 

Ça ne s’invente pas ces tranches de vie ... !

 

Mon Prévost m’a quitté en 78, d’un coup, comme un arbre qui tombe, il avait 84 ans, vivant comme il avait toujours su vivre, entre ses bêtes et ses champs du temps ou il était en activité. Il ne se les serait jamais fait couper pour moins de trois cents briques, c’est ce qu’il valait avec ses hectares de terres de culture, les bâtiments, le matériel, son godet pas lavé, et ses slips qui trempaient dans sa douche......

 

Il a été une page ajoutée à mon histoire, une fenêtre ouverte sur une cour que je ne connaissais pas, un bon copain pour moi, pas seulement de coups à boire...On aussi avait des silences ou on cuvait en écoutant les mouches faire leur rondes bourdonnantes autour notre assiette...ça nous faisait sourire, on les chassait du plat de la main ,parfois c’était le verre qui dégageait aussi , Prévost , mon vieux copain, on s’est bien marré, hein ,quand même...

J’avais 25 ans, mon copain en avait 80...l’age n’a rien à voir quand deux potes se reconnaissent...

 

A un de ces quatre, Maurice, devant un godet de pinard bien culotté... !

 

Michel

Pour mon vieux copain Maurice Prévost .
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Kermarec 29/10/2017 14:47

Ha! Mon Michel ce sont ces instants de vie qui meuble le temps qui passe. J'ai dans ma mémoire des instants similaires de personnes toutes simples au parlé généreux qui ont gravées dans ma mémoire des instants magiques. La Contesse d'Uzes qui habitait Versailles à l'angle de la rue de la Paroisse et de la rue Louis le Vaux était une belle personne chez qui j'ai travaillé en tant qu'apprenti charpentier. Je me souviens d'une veille de Noël ou elle disait à mon compagnon que j'étais trop jeune pour travailler aussi dur. Et elle me fit un merveilleux cadeau avant que nous partions parce que mon compagnon lui avait répondu que je n'avais pas le choix. Ce n'était pas de l'argent car la gouvernante était chargée de ce service. (le pour-boire) Non ce fût bien plus que cela elle m'embrassa.

Joëlle Brethes 19/01/2017 11:02

C'est bien écrit et réjouissant mais... avez vous vraiment eu toutes ces "délicieuses" personne dans votre entourage et avez-vous vraiment vécu tout ça ! Le passage des chevaux arrêtés par la magie du berger est à proprement parler "fantastique" !
Bravo !

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