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Breakfast   at Tiffany's.overblog.com

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"Lorsque tu écris l'histoire de ta vie, ne laisse jamais une autre personne tenir la plume pour toi"


Un jour, j'ai travaillé moi ,Monsieur, j'vais même vous dire.....

Publié par Michel T sur 21 Avril 2019, 14:23pm

Merci Voutch !

Merci Voutch !

Je n’ai qu’un très mauvais souvenir des compétions sportives organisées par les Grands Groupes Internationaux , vous savez ceux qui n’aiment pas partager leur image et qui veulent être tout seul , siglé sur la coque d’un 17m , ou sur le filet d’un court de tennis , parfois même taillé dans le green ou peint sur le Bunker d’un terrain de golf.

 

Je me souviendrai toujours d’un après midi d’automne, en réunion de Direction , je regardais, vaguement encoconné ,les arbres du parking qui balançaient doucement leur chère tète vieillie en regardant tristement leurs dernières feuilles mordorées voler une dernière fois vers le sol.

Donc ,disais-je , j’étais en réunion, face à mon Président , c’est la meilleure place, car les PDG cherchent toujours à faire sauter à la corde ceux du fond ,cachés derrière leurs collègues,et quand la table de réunion fait 14m sur 3m il y a beaucoup de monde vers les extrémités... donc , je vais y arriver ,c’est promis plus de digressions....

 

Mon cher Président, après m’avoir demandé pour la quatrième fois ,si j’étais d’accord avec lui ,évidement quelle question ! j’acquiesçais en rafales à tout ce qu’il pouvait dire au plus grand déplaisir de mes collègues qui me glissaient des petits papiers pliés ou il n’y avait qu’un mot : faux-cul ! ! ...Merde j’avais promis, plus de détours... !

 

Et tout d’un coup, Dieu me tripote ! v’là ti pas qu’il me dit avec son bon sourire de Killer-requin-snake, celui qu’a tout Président normalement constitué et bien investi dans son poste....

« Au fait Michel, vous ai-je dis que nous allions augmenter notre stock Publicitaire, enfin le votre. Dix-huit mille points d’interrogations s’allument dans ma tète comme des lampions de 14 juillet ! 

 

Puis il fait un quart de tour impeccable sur sa droite comme un brigadier-chef qui repart du bureau de son Capitaine après avoir obtenu sa perm et, il demande à son assistante, avec la voix appropriée du Patron qui astique sa prothèse :

 

« Méline ! (elle se nommait Benoîte mais il trouvait cela ridicule et donc, dans la panoplie de prénoms dont ce puits de sciences en jupon était orné il avait choisit le quatrième, Méline, alors qu’elle eut préféré cent fois qu’il l’appelle Reine-Mai, son second prénom, voir par le troisième ...Prudence. Nous  passerons sous silence son cinquième prénom car il n’intéresse personne, peu de gens le connaissent, que des intimes du premier cercle ...c’est Virginity, tout un programme d’après son mari....) donc revenons à nos vélos, il lui demande avec un ton de certitude :

« Vous avez bien communiqué à  Michel les coordonnées de Mette Hulansson et de Albert...Albert machin chose  non ! Varcloberg ! Hum ?

« Pas encore qu’elle répond l’effrontée, je voulais faire une seconde réunion avec Michel après cette première réunion pour lui présenter le projet et le conduct plan qui  été prévu.

 

Jean-Bernard J, appelé JBJ le plus souvent ,mon très cher Président, se tourne vers moi, demi souriant, demi rien du tout ,car il est déjà passé à autre chose, et ,il enfonce le clou dans le dos, le poignard dans la plaie, l’aiguille dans la motte de beurre en me disant :

« Bon et bien parfait, Michel vous me transmettrez fin de semaine le guideline de la procédure d’achat des produits ROC (Riva Océan Cup) et, il se tourne vers Méline Benoite :

« Au fait, quand est ce que Guy Fairchild est chez nous ? .

 

(Guy se prénommait en réalité Robert et tout le monde l’appelait Bob sauf JBJ qui persistait à l’appeler Guy, il présidait en tant que CEO aux destinées de Riva World North America et gitait sans ostentation dans un Loft de 300m2 sur Fairview Road

pas loin du Ramada River Ridge,

juste à égale distance de chez Salomon Bensoussan le réchappeur de pneus de moto ,

vous voyez ou c’est .....Ben quoi, Asheville , une p’tite ville sympa entre Nashville et Charlotte, la Caroline du Nord ,quoi !!)  Bon, enfin revenons à notre discussion....

 

Benoîte/Méline ou Méline/Benoîte comme on veut, lui répond son stylo Mont-Blanc entre les dents :

 

« Fentrefi mafin  breakfeust réunion à 9 heures au Concorde Lafffeyette à Maillot ,diner à 13h à la Cleuserie des lilas , et fou le rameunez à son heutel à 16 heures et sameti fou lui faites vusiter le cheutau de Ferfailles.

« Bien répond JBJ qui comprenait parfaitement toutes les phonétiques grâce à son Beau-frère qui était Linotypiste chez Félix Potin, donc, Michel, commandez nous quelques articles de Pub ROC pour Vendredi, style Parasols, blousons fourrés, shaker électrique à tapioca, céréales jaunes siglées ROC enfin des trucs qui rappellent la France à Guy ..... 

 

Et c’est par ce biais outrageusement imposé, que mon taquin de PDG me propulsa vigoureusement entre les bras, la gestion des articles pub ROC ( je vous ferai remarquer que je n’avais rien demandé, modeste par nature)

 

La suite immédiate fut une longue série de multiples dégâts collatéraux et kisscoolesques dans ma vie professionnelle et dans celles de mes collaborateurs directs comme par exemple, en premier , au hasard, l’agrandissement significatif, non provisoire et non budgété du magasin Pub et ceci, en partie , fut dû (c’est bon le fudu hein ? ) à l’arrivée de la première dotation de base obligatoire qui se composait de :

- 6 Zodiacs Futura Mark II FR, prêts à mettre à l’eau, siglés ROC Essai, en livraison directe de LIMHAMN et, comme les Suédois sont les rois de l’organisation, il y avait, of course, 6 remorques ,6 moteurs Volvo Penta 14cv (sans huile) mais prêts a l’emploi ,24 gilets de sauvetage, 6 ancres, 12 rames...... évidement, ça coule de source, les 24 m2 de notre magasin Pub n’allaient pas suffire ....

Je ne vous parlerai pas , ne comptez pas sur moi , du reste de cette dotation de base.....à savoir , les blousons imperméables , les suroit Svolvaer siglés ROC ,les casquettes à attaches , les cordages , les boots , les boussoles , les fusées de détresse , les sirènes de brume à air comprimé , les réchauds à alcool solidifié , les bonnets en laine siglés ....les peignoirs de bain ?? les moufles en laine à doigts apparents pour pouvoir taper sur son clavier ,les chaussettes unnitailles ( tout en 47 ) , les lunettes de soleil en mica anodisé.... et cætera, et cætera !

 

Finalement mes 12 m² de magasin publicitaire passèrent à 180 m² en 2 mois , et bien évidemment on me fit remarquer que ceci était hors budget car non prévu au plan comptable , ben voyons....et pourquoi, évidemment, je n’avais pas budgété cet agrandissement ? Quel en était la raison ? Et....merde,merde,merde !! C’est ce que j’ai du écrire dans ma note de réponse à mon contrôleur budgétaire , Charles-Henri de...XXX

 

Enfin ! Enfin ! Toutes ces joyeusetés  qui a l’époque m’avait fait méditer profondément sur la grandeur et la fragilité du sort d’un cadre sup de multinationale, me permettent aujourd’hui de vous narrer par ces quelques lignes tout l’intérêt qu’un jour j’ai pu porter à la compétition nautique sponsorisée par les grandes marques ,soit en cinq mots plus deux :

 

J’men bats les Joyeuses ! ! ! J’aime po !!!

Mais mes soucis domestico-professionnels passèrent au second plan, voire au 27 éme plan ,peu de jours après ,car une confidence me fut susurrée mezza voce à l’oreille :
-« Oh là, là, si tu savais ce qui vient d’arriver ,incroyable.... 
(Incroyable avait été dit en détachant les syllabes comme un carillon Westminster qui sépare nettement les douze coups de minuit...c’est vous dire l’importance de la nouvelle !!!) 

 

Après , trois câlineries et deux menaces, mon assistante me raconta la dernière blague qui était arrivée au sommet de ma hiérarchie...dans les limbes des limbes !

Nous avions ,enfin nous...le Président, avait accepté la démission de notre chef du service comptabilité . Non pas qu’il était atteint par une quelconque limite d’age , car s’il était atteint de quelque chose c’était plus du syndrome de la Jet set que celui du comptable trop pointilleux .
En effet, Ivan, nous l’appellerons Ivan , ressemblait plus ,tant physiquement et dans son comportement, à Massimo Gargía qu’a un comptable végétarien, c’est tout dire...de plus il avait ses habitudes le coquin, il ne fallait pas lui placer une réunion le vendredi après-midi ou le lundi matin car invariablement le vendredi à partir de 15h il était en route pour l’aérodrome de Toussus-le-Noble afin de prendre son Cessna et se rendre à Deauville ou Menton et le lundi avant midi, ben.....il n’était pas encore rentré... ! 
Bon , tout ça pour vous dire que son départ n’avait pas été pleuré ou regretté par la Présidence , et que notre PDG avait eu la confirmation du CEO que la ‘’boutique’’ se porterait beaucoup mieux sans lui .

 

Donc , un recrutement fut lancé, au terme duquel fut introduit dans le sérail un garçon, fort sympathique ,avenant, compétent ,diplômé à l’envie ,d’après les dires de notre Dirfi, nous l’appellerons Eugène (il s’appelait en réalité Eugène...) 
Trois mois après , Eugène, confirmé dans son poste ,décida de faire un p’tit pince-fesses pour officialiser son arrivée dans la famille .

 

Entre deux petits fours, une coupe de champagne, et trois ronds de jambes , Eugène prit à part notre Dirfi, et lui dit ,assez bas pour que personne autour ne l’entende :

-« je suis tombé sur quelque chose de curieux et je voudrais vous en parler car je suis très perplexe...
-« Oui quoi ?
--« J’ai ‘’épluché’’ le listing des fournisseurs triés par CA (chiffre d’affaires) pour me familiariser avec leurs noms et leurs produits et le vingt septième de la liste me cause un souci ...un souci qui pèse quand même 54 000 euros sur l’année précédente.
-« Quel souci ? 
-« Son adresse .
-« Son adresse ?
-« Oui ,son adresse , car voyez vous ,je connais très bien l’endroit ou est située cette société car....je suis né dans cette rue là , le numéro à coté, et....ce ne sont que des pavillons ,des petites résidences d'un étage,ou des jardins ...dans cette rue.
-« ................vous êtes sûr de vous ? ( un ordinateur vient de se mettre en route derrière les lunettes cerclées d’or de mon Dirfi....)
-« Complètement sûr ,nous avons encore été déjeuner chez mes parents le weekend dernier , il n’y a jamais eu de société à cet endroit !
-« Bon, gardez cette info pour vous, j’en parle à Jean-Bernard et je vous dis ce que nous faisons .

 

Le lendemain matin , Eugène fut appelé par JB , le Président et , en présence de Philippe ,le Dirfi, il raconta à nouveau son histoire et ses interrogations...de plus, ayant entre-temps approfondi son analyse , Eugène fit part de ses constatations :


- Ce fournisseur avait été crée il y a six ans (peu de temps après l’entrée en fonction du précédent Chef du service comptabilité, Ivan)
- La création du compte avait été faite par un employé intérimaire au service comptabilité , cet intérimaire était resté 2 mois en poste, un remplacement d’été .
- Les signatures autorisant la création du compte , il en fallait deux ,avaient été faites par Ivan en tant chef du service et en P/O pour le Dirfi qui était en congé , normal ,il avait la délégation de signature si celui-ci était absent, de plus ,comme il fallait deux signatures en P/O du Dirfi, c’était le contrôleur budgétaire qui avait apposé la sienne à coté d’Ivan , sans plus de formalité ....tout était normal.... 
- Cette société était fournisseur de différents produits d’équipements et surtout de consommables nécessaires à notre atelier de réparation , au même titre que deux autres prestataires... 
- Les règlements étaient à soixante jours date de facture , mais en approfondissant le mode de règlement ,il apparaissait que ceux-ci étaient systématiquement transformés en chèques quelques jours plus tard ,et expédiés par courrier à l’adresse postale de la société.
- Comme tous les règlements étaient inférieurs à 5000 euros , les chèque n’avaient besoin que d’une signature , celle du chef comptable ...Ivan et de celle du contrôleur budgétaire, Charles-Henri qui ne s’étonnait pas plus que cela de la procédure employée , celle–ci n’étant pas ni inhabituelle ,ni hors normes....peut-être un peu trop systématisée ,mais bon...les petites sociétés on parfois du mal avec leur trésorerie ! 

 

JB et Philippe avaient écoutés Eugène sans dire un mot , la bouche entrouverte , les yeux fixes, la main devant la bouche.

 

Silence dans le bureau du Président, il était dix heures du matin ce vendredi 10 mars 2001 , puis JB dit :


-« Philippe vous allez avec Eugène chez ce fournisseur à son adresse voir ce que c’est , mais à mon avis, et vous devez certainement penser la même chose, cette affaire sent mauvais, très mauvais même, et si c’est ce que je pense vous êtes très légers au niveau de nos contrôles internes Philippe...listez-moi tous les contrôles existants pour les procédures de paiements quelqu’elles soient...( le ciel se couvrait dans le bureau du Président et prenait la même teinte que son canapé, gris foncé....) 

 

Philippe et Eugène allait sortir quand JB demanda :
-«  Combien avons-nous réglé à ce jour ,à ce fournisseur, depuis sa création Eugène ?
-« 288 630 euros Monsieur....
..................................... 
Le silence était devenu si épais qu’il aurait fallu une tronçonneuse pour le couper !

 

Le soir même, de retour de chez ce ‘’fournisseur’’ ,Philippe et Eugène faisait un rapport complet, confidentiel et détaillé à JB ...aucune société n’était à cette adresse, rien qu’une boite au lettre , dans le hall d’un petit immeuble de deux étages parmi les onze autres boites aux lettres appartenant aux particuliers habitant l’immeuble.

 

La somme vraisemblablement ‘’détournée’’ au moyen des règlements effectués depuis des années à ce pseudo fournisseur, était trop importante pour que notre Groupe passe la main et règle l’affaire en interne...s’il s’était s’agit simplement de quelques milliers d’euros, moins de dix mille , l’affaire se serait réglée entre nos avocats , le département juridique et ce bon Ivan , mais dans le cas présent ,         288 mille euros ...ça coinçait ! C'était chaud comme une baraque à frites !!!

 

L’affaire fut rondement menée après que la brigade financière de Versailles eut été avertie de notre mésaventure , il ne fallut que peu de jours pour localiser Ivan qui s’était déjà installé dans un nouveau poste encore plus confortable hiérarchiquement que le précédent , toujours dans le même secteur , la comptabilité fournisseur...je vous passe les péripéties de l’enquête et le détail des biens que possédait notre cher ex collègue , on en avait le vertige....mais cette affaire aurait pu s’arrêter là et, somme toute , rester un fait-divers banal de malversation ordinaire , mais là ou l’épilogue est savoureux autant qu’inattendu , et bien je vais vous le raconter......


Ayant constaté que nos verrous internes étaient perméables à un escroc imaginatif , JBJ décida d’instaurer de nouvelles règles de contrôle tout en amont de la chaine , c'est-à-dire au moment du recrutement , et il donna la consigne suivante au DRH et aux principaux directeurs :
- Tout nouveau recruté , quelque soit le poste qu’il occupera , devra présenter, lors de son entretien d’embauche, le volet 3 de son casier judiciaire , celui-ci étant clairement demandé dans les pièces à fournir pour postuler un emploi dans notre Groupe . 
- Ceci s’appliquera rétroactivement à toutes les personnes embauchées depuis le début de l’année soit depuis 6 mois....

 

Eugène nous quitta , sans bruit ,dans la semaine qui suivit la mise en place de cette procédure, cette dernière mesure lui avait été fatale !
Il trainait une condamnation récente pour malversation chez son précédent employeur, détournements de fonds , faux en écriture et quelques autres drôleries du même tonneau.....

 

C’est à vous dégouter de faire son travail consciencieusement......
 

Un jour, j'ai travaillé moi ,Monsieur, j'vais même vous dire.....
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Kermarec 29/10/2017 15:23

Tu écris vraiment bien. Tu devrais faire un livre et j'en suis sur se sera un Best seller. En tout cas moi j'adore car je te retrouve autour de tes écrits.

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